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La moins peuplée des cinq «parties du monde», l'Océanie regroupe la plupart des terres émergées du Pacifique, à savoir le continent australien et la Tasmanie, la Nouvelle-Zélande, la Mélanésie, la Polynésie et la Micronésie. Les circonstances historiques de sa découverte par les Européens ont fait naître, à la suite des voyages de Cook et de Bougainville, le mythe célèbre, et discutable, des «îles heureuses» peuplées de «bons sauvages». La guerre du Pacifique révéla l'intérêt stratégique de ces archipels, dont beaucoup sont aujourd'hui indépendants. L'Océanie est un «continent» insulaire fragile, en cours de modernisation, et aux paysages très divers. La variété des situations sociales et économiques, les contrastes dans les équilibres démographiques et politiques sont tels qu'il n'y a pas un «modèle» océanien, mais une infinité de réalités.
Géographie physique À l'exception de la Micronésie, qui s'étire essentiellement au nord de l'équateur, les îles de l'Océanie se dispersent dans les eaux chaudes de l'hémisphère Sud et sur la marge occidentale du Pacifique, océan qui donne à la région son identité et son unité géographique. Bien des aspects font de cette partie du monde une forme de prolongement maritime de l'Asie tropicale.
Géologie Le fond de l'océan Pacifique est constitué de plaques lithosphériques mobiles et de densités différentes. Elles dérivent depuis la dorsale médio-océanique, où remonte un magma en fusion qui, en se solidifiant, crée une croûte repoussant latéralement les plaques vers la périphérie, autrement dit vers les continents émergés. Dans le cas de l'Océanie, la plaque Pacifique vient buter à l'ouest sur la plaque indo-australienne, qu'elle surmonte à la vitesse de 5 à 10 cm par an. À l'est, la plaque Nazca migre lentement pour venir s'enfoncer sous les Andes. La structure du Pacifique ressemble ainsi à un énorme «tapis roulant» faisant diminuer chaque année sa superficie. Si le mouvement tectonique est peu décelable au centre des plaques, le choc de ces dernières contre les croûtes continentales est, en revanche, très sensible.
Les îles de la ceinture de feu du Pacifique s'étendant de la Nouvelle-Guinée à l'archipel de Vanuatu (ex-Nouvelles-Hébrides) subissent de nombreux effets de la subduction océanique: éruptions volcaniques, tremblements de terre, tsunamis (raz de marée sous-marins d'origine sismique). Une instabilité similaire se retrouve sur la bordure orientale, le long de la fosse du Chili. D'autres îles, parfois volcaniques, émergent au centre de l'océan, comme en témoignent le volcan actif d'Hawaii ou les volcans éteints de Tahiti, des Marquises et de l'île de Pâques. Ce phénomène s'explique par l'existence de «points chauds», endroits où la remontée ponctuelle de coulées magmatiques perce la croûte océanique mouvante et donne naissance par accumulation des laves, sur des hauteurs de 6 000 m ou plus, selon la profondeur de l'océan à des chapelets d'îles. Celles-ci sont ensuite colonisées par des coraux et des madrépores qui se développent en auréoles autour d'elles. Mururoa Les types de relief Les grandes îles océaniennes situées en bordure des plaques forment une région marginale caractérisée par la présence de roches volcaniques andésitiques. La variété des paysages et la complexité des structures géologiques transforment ces îles en de véritables petits continents. Les plus grandes, témoins d'ensembles plus vastes qui se sont effondrés, ont des montagnes assez élevées, à l'image des «Alpes» du sud de la Nouvelle-Zélande (3 754 m au mont Cook) ou des hautes terres du centre de la Nouvelle-Guinée (4 000-5 000 m). Les «îles hautes», grandes ou moyennes (quelques dizaines de milliers de kilomètres carrés), forment les «grandes terres» des archipels océaniens: Nouvelle-Calédonie (16 750 km2), Bougainville (10 600 km2), Nouvelle-Bretagne (35 000 km2). Les petites îles, en revanche, dominent dans l'Océanie centrale. Inférieure à 1 000 km2, leur superficie n'est parfois que de quelques hectares. Les formations coralliennes prenant appui sur un soubassement volcanique immergé prédominent autour des «îles basses». Dans le cas des atolls, les îles se réduisent à de simples anneaux de sable entourant un lagon qui communique avec l'océan par des passes. Des régions entières ne sont formées que d'atolls: Carolines, Marshall, Tuamotu. Leurs sols sont généralement squelettiques et peu fertiles. Nouvelle
Calédonie Climat et végétation Les archipels océaniens sont en grande partie situés dans la zone tropicale humide. Ils bénéficient d'un climat souvent agréable et d'une température moyenne relativement constante (entre 24 °C et 27 °C). Les précipitations, assez abondantes, sont irrégulièrement réparties dans le temps et dans l'espace. Les alizés humides du sud-est apportent la pluie sur les côtes «au vent», tandis que les côtes protégées, dites «sous le vent», peuvent présenter des cas de sécheresse. Les îles hautes, où les reliefs accrochent les nuages, bénéficient généralement de pluies de convection. Toujours redoutés, les cyclones tropicaux se forment au cours de l'été austral, de décembre à mars. Les vents peuvent alors dépasser 150 km/h et être à l'origine de pluies diluviennes (jusqu'à 1 900 mm en quelques jours). Avec le déferlement de houles cycloniques, les atolls courent fréquemment le risque d'être submergés. Nouvelle
Calédonie L'isolement de l'Océanie explique les caractères originaux de sa faune et de sa flore. Si les «grandes îles» de l'ouest du Pacifique abritent encore de nombreuses espèces végétales (5 000 sont recensées en Nouvelle-Calédonie), dont beaucoup sont endémiques, les petites îles du Centre et les atolls s'avèrent être d'une grande pauvreté floristique. La faune, également pauvre, semble à l'origine s'être limitée aux chauves-souris et aux oiseaux: le chien, le porc et le rat, arrivés avec les premiers habitants océaniens, viennent comme eux d'Asie du Sud-Est.
Population En dehors de l'Australie, les îles océaniennes sont peuplées par près de 10 millions d'habitants. La Papouasie-Nouvelle-Guinée et la Nouvelle-Zélande abritent respectivement 4,1 et 3,5 millions d'habitants, l'archipel d'Hawaii 1,1 million, les îles Fidji 800 000. Les densités de population sont généralement faibles: 3 h./km2 en Australie, un peu plus de 12 pour le Vanuatu et la Nouvelle-Zélande, presque 130 pour les îles Tonga. Les petites îles polynésiennes et micronésiennes de l'Océanie centrale, moins peuplées en chiffres absolus, connaissent des densités de population beaucoup plus élevées. Dans les atolls micronésiens, plusieurs centaines d'habitants peuvent se concentrer au kilomètre carré.
Polynésiens Croissance démographique La faiblesse numérique du peuplement dissimule des contradictions: les grandes îles de l'Ouest sont peu peuplées, les petites îles du Centre le sont presque trop. Il en découle des problèmes sociaux et des situations économiques qui entraînent des mouvements migratoires de plus en plus prononcés, notamment du centre du Pacifique vers sa périphérie. La croissance démographique des îles pacifiques est rapide. Certains pays mélanésiens enregistrent 3,4 % d'accroissement annuel et des taux de natalité dépassant 34, comme à Vanuatu, aux îles Salomon et en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Les îles et les archipels de l'Océanie centrale connaissent une croissance plus modérée; le solde est parfois négatif en raison des migrations qui vident certaines îles (Cook, Niue).
Urbanisation et migration Dans chaque archipel, la croissance de la capitale tend à attirer des flux de population toujours plus importants. Les villes du Pacifique, relativement petites, excepté Honolulu (365 000 h.), n'en sont pas moins prépondérantes si on rapporte leur population à celle des pays ou des territoires qu'elles commandent. L'agglomération de Papeete (Tahiti) compte 103 000 h., contre 206 000 pour l'ensemble de la Polynésie française; la ville de Nouméa rassemble 65 000 des 174 000 h. du territoire néo-calédonien, îles Loyauté incluses. Dans tous les cas, on compte une seule grande ville par archipel et par État: la macrocéphalie de la capitale est donc la caractéristique principale du type d'urbanisation de cette partie du monde. Les grandes villes doivent leur croissance à une migration humaine mal maîtrisée, en grande partie alimentée par les jeunes ruraux que les lumières de la ville attirent. Les quartiers périphériques de Port Moresby (Papouasie-Nouvelle-Guinée) sont parmi les plus dangereux du monde. Papeete est également confrontée au problème des banlieues mal structurées, où les immigrants récents ont submergé les anciens villages ruraux. Papeete Dans le monde océanien, la migration vers les villes et l'étranger fait figure de soupape de sécurité. L'émigration touche principalement la population trop dense des îles polynésiennes et micronésiennes. La Nouvelle-Zélande, l'Australie et, dans une moindre mesure, la Nouvelle-Calédonie sont les principaux pôles d'attraction des réseaux migratoires océaniens.
Les États Les îles et les archipels océaniens sont divisés en entités politiques aux statuts juridiques divers, allant de l'État indépendant au territoire ou à la province intégrée dans un ensemble plus vaste. Cette situation est un héritage de la période coloniale et du partage du Pacifique au XIXe siècle.
Les États indépendants, au nombre de treize, rassemblent 94 % des habitants de la région. D'autres États insulaires exercent leur souveraineté dans le cadre d'une association avec un plus grand pays: les îles Cook et Niue sont, par exemple, librement associées à la Nouvelle-Zélande; les îles Palau et Mariannes le sont aux États-Unis. Leurs autorités s'en remettent partiellement à Washington pour la politique extérieure et totalement pour ce qui touche à la défense. Fait appréciable pour des petits pays, parfois sans aucune ressource, leurs ressortissants peuvent librement entrer et résider dans les grands États avec lesquels ils sont associés. Nouvelle
Zélande Les territoires non souverains mais dotés d'autonomie interne constituent une catégorie intermédiaire. C'est le cas de la Polynésie française, de la Nouvelle-Calédonie et de Wallis-et-Futuna, dont les habitants sont citoyens français. Des gouvernements locaux, des assemblées territoriales y légifèrent et énoncent les lois. Guam (îles Mariannes) appartient aussi à cette catégorie: cette «grande terre» micronésienne est un «territoire non incorporé» des États-Unis, et dont les habitants sont citoyens américains. Quelques petites îles, vestiges oubliés d'empires coloniaux, subsistent encore, comme les possessions de Tokelau (Nouvelle-Zélande), Norfolk (Australie), Pitcairn (Royaume-Uni) ou encore l'atoll inhabité de Clipperton (France). Certaines îles sont «intégrées» à un autre pays, telles les îles Hawaii, 50e État des États-Unis depuis 1959, et l'île de Pâques, à l'extrémité orientale de l'Océanie, considérée par le Chili comme une province extérieure.
Malgré la diversité de leurs statuts politiques, les pays et territoires océaniens sont réunis dans des organisations régionales. La Commission du Pacifique Sud, basée à Nouméa, cherche ainsi à promouvoir le développement économique et social de la région. L'accession à l'indépendance des États insulaires a conduit à créer à Wellington, en 1971, un Forum du Pacifique Sud, au sein duquel sont débattus les problèmes politiques de la zone.
Avant l'arrivée des Européens, les peuples océaniens avaient su créer un équilibre entre eux et leur milieu.
Les activités traditionnelles Vivrier, l'équilibre homme-milieu reposait sur la culture de tubercules d'igname et de taro, renouvelée chaque année dans des endroits différents, souvent après un défrichement par le feu. Grâce à cette horticulture à bon rendement, les populations ne connaissaient pas la faim, à moins qu'une catastrophe ne survînt, comme le passage d'un cyclone ou une sécheresse prolongée.
Depuis les premiers contacts avec le monde extérieur ont été implantés la patate douce, qui est devenue la grande plante vivrière des hautes terres de Nouvelle-Guinée, et, un peu plus tardivement, le manioc, plante facile à cultiver et à rendement élevé, bien que de qualité nutritive médiocre.
Mélanésiens et Polynésiens avaient développé des systèmes agricoles complexes et intensifs. Ils maîtrisaient notamment les techniques d'irrigation. Certaines tarodières aménagées en terrasses irriguées en Nouvelle-Calédonie, à Vanuatu ou encore à Hawaii pouvaient couvrir des dizaines d'hectares et se distribuer sur des versants entiers.
Les Océaniens élèvent toujours le cochon noir d'origine asiatique, qui, pendant toute la période pré-européenne, représenta la principale richesse. On le sacrifiait traditionnellement lors des rituels d'alliance entre groupes tribaux, des cérémonies de mariage ou des deuils. La pêche côtière joue également un grand rôle dans l'alimentation des peuples du Pacifique, en particulier dans les atolls. D'une façon générale, les Polynésiens sont d'habiles pêcheurs et navigateurs, alors que les Mélanésiens sont plutôt terriens et horticulteurs.
L'équilibre traditionnel fut bouleversé par la colonisation européenne, qui développa, au cours du XIXe siècle et dans les premières décennies du XXe siècle, une agriculture de plantation à finalité commerciale. Certaines cultures déjà existantes, comme la canne à sucre, le bananier et le cocotier (l'amande séchée de sa noix fournit le coprah, dont on extrait une huile végétale), sont devenues des produits d'exportation. Les plantations de canne à sucre aux îles Fidji sont mises en valeur par des Indiens, ouvriers «importés» lors de la colonisation britannique au XIXe siècle. Ceux-ci cultivent aujourd'hui la canne pour leur propre compte dans le cadre de petites fermes louées aux propriétaires fidjiens. En 1995, les îles Fidji exportent en priorité vers l'Union européenne (dans le cadre de l'aide que Bruxelles accorde au tiers-monde, le sucre fidjien est acheté à un prix supérieur aux cours mondiaux). Hawaii est également un grand producteur de sucre.
Le coprah a longtemps été la première ressource des îles polynésiennes et micronésiennes. À Vanuatu et aux îles Salomon, bien que sa production diminue, il reste le principal produit d'exportation. Le cacao en Nouvelle-Bretagne et aux Samoa occidentales, le café en Nouvelle-Calédonie et sur les hautes terres de Nouvelle-Guinée sont des cultures relativement nouvelles, mais bien acceptées par les populations. Pourtant, dans ces régions, l'agriculture de plantation semble avoir son heure de gloire derrière elle: elle est gravement affectée par la concurrence internationale, par des coûts de transport et de main-d'uvre élevés, mais aussi par la chute des cours mondiaux. L'élevage bovin en ranch, développé après la Seconde Guerre mondiale, souffre d'un handicap similaire: son rendement trop faible et dans des sites trop isolés ne permet pas de concurrencer les productions australienne ou néo-zélandaise.
Ressources minières La Nouvelle-Calédonie a bâti son essor économique sur la production de nickel. Le minerai y est transformé en matte puis en ferronickel dans l'usine métallurgique de Doniambo (Nouméa), le seul complexe industriel d'importance du Pacifique insulaire. Sixième producteur mondial (troisième pour le minerai pur), la Nouvelle-Calédonie se trouve à la première place pour l'importance des réserves identifiées de nickel latéritique. La Papouasie-Nouvelle-Guinée tire l'essentiel de ses revenus de l'exploitation du minerai de cuivre de Panguna (Bougainville) et de ses nombreuses mines d'or, dont la principale est celle d'Ok Tedi. C'est le septième producteur mondial d'or. Le guano des îles coralliennes a permis le développement d'une véritable activité minière. Épuisés à Makatea (Polynésie française) et dans l'archipel de Kiribati, les phosphates sont la grande ressource de Nauru. Les autorités de cette île, dont la population (9 000 h.) bénéficie de l'un des niveaux de vie les plus élevés de l'Océanie, cherchent cependant à diversifier leurs sources de revenus: ils placent leurs fonds dans l'immobilier et dans les compagnies de transport internationales.
Les nouvelles activités Développée récemment, l'aquaculture donne des résultats prometteurs. Les fermes marines productrices de crevettes en Nouvelle-Calédonie, où l'environnement technologique et scientifique est des plus favorables (présence d'une main-d'uvre qualifiée), offrent un potentiel considérable. L'essor de la culture des perles en Polynésie française est également un succès: c'est désormais le premier produit exporté par l'archipel.
La pêche hauturière est pratiquée par des flottes américaines basées à Pago Pago (Samoa américaines) ou encore par les Russes et les Japonais. Certains États, comme le Kiribati, le Tuvalu ou le Vanuatu, tirent des revenus appréciables en concédant des facilités d'accès et en percevant des droits de pêche à l'intérieur de leur ZEE (zone économique exclusive). Les Samoa américaines (ou orientales) sont les seules îles à avoir une balance commerciale excédentaire, grâce à l'industrie de la pêche du thon, développée à Pago Pago pour alimenter le marché nord-américain.
Le tourisme de masse, en plein essor, est concentré dans les îles où des équipements hôteliers sont disponibles. C'est bien entendu Hawaii qui draine le plus de visiteurs: 4,5 millions par an. Guam (Mariannes) suit, avec 300 000 visiteurs annuels, puis les Fidji, avec 250 000, et la Polynésie française, avec 200 000. Les 100 000 touristes se rendant chaque année en Nouvelle-Calédonie, notamment les Japonais, représentent une source de revenus et d'emplois non négligeable. L'aide internationale fournie par l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la France, le Royaume-Uni, l'Union européenne, permet aux petits États de subsister en dépit de leurs faibles ressources et de leur isolement face aux grands marchés de consommation.
Histoire Les données convergentes de l'archéologie, de la linguistique et de l'anthropologie permettent aujourd'hui d'établir les origines du peuplement de l'Océanie, qui s'est déroulé par vagues successives, des grandes masses terriennes aux îlots.
Les origines du peuplement Il y a 40 000 ans environ, l'Australie se peuple de ses premiers habitants, ancêtres des peuples aborigènes actuels, qui forment la plus importante civilisation encore vivante de chasseurs-cueilleurs. À cette époque, l'Australie est encore attachée à la Nouvelle-Guinée et à la Tasmanie. L'isolement du continent ne sera consommé qu'au VIIe millénaire avant notre ère, à l'occasion d'un accident géologique qui sépare l'Australie de la Nouvelle-Guinée par un profond bras de mer.
Déjà occupée depuis 60 000 ans, la Nouvelle-Guinée accueille, il y a environ 10 000 ans, des cultivateurs de taro, les Papous, originaires de l'Asie du Sud-Est, qui introduisent le cochon en Océanie. Les traces archéologiques témoignent qu'à cette date tous les espaces habitables (côtes, plaines marécageuses, montagnes) sont occupés. En outre, un vaste réseau d'échanges maritimes relie les archipels voisins. Ce circuit entre groupes humains servira de creuset à la civilisation océanienne à venir.
Vers 4000 av. J.-C., cette civilisation prend son essor avec l'arrivée des Austronésiens, venus de Formose et du sud de la Chine, cultivateurs de tubercules pratiquant également l'élevage du porc. Les Austronésiens ont fait souche sur les rivages de la Nouvelle-Guinée pour se déployer ensuite, pendant plusieurs centaines d'années, vers l'est, grâce à leurs connaissances en navigation et en construction maritime. Dans leur sillage, l'élevage du porc s'étend à l'ensemble des îles du Pacifique, Nouvelle-Calédonie exceptée. La présence austronésienne est également attestée par des éclats de poteries décorées (que la datation situe dans une période couvrant les 2 000 ans qui ont précédé notre ère) qui témoignent d'une culture spécifique: la culture Lapita. Vers 2000 av. J.-C., le Lapita commence à se répandre vers l'est, touchant des îles jusqu'alors inhabitées (Salomon, Vanuatu, Nouvelle-Calédonie, Fidji et Tonga), et atteint l'archipel de Samoa vers 1000 av. J.-C. Grâce aux pirogues à voiles et à balancier, les biens horticoles et leurs produits (taro, igname, noix de coco), ainsi que les techniques de pêche, se diffusent d'île en île et d'ouest en est. L'ensemble culturel Lapita s'éteindra pour des raisons inconnues.
L'occupation humaine des îles polynésiennes est la plus récente du Pacifique. À partir de deux centres de déploiement, les îles Marquises et Samoa atteintes il y a 2 200 ans par un groupe maîtrisant des techniques de navigation élaborées et producteur d'une poterie non décorée, les autres îles polynésiennes furent habitées en moins de 1000 ans.
Le peuplement de la Micronésie relèverait, quant à lui, de mouvements migratoires spécifiques, faits d'allers et de retours multiples et difficilement repérables. Les plus anciens occupants viennent des Philippines et se dirigent vers le sud des Mariannes il y a 3 000 ans. À la même époque, Palau, le centre des Carolines et les îles Marshall sont habités par un peuple aux origines inconnues. Il semble cependant que l'isolement de la Micronésie ait été surestimé: des liaisons auraient pu exister avec des îles de l'Indonésie et de la Mélanésie.
La découverte du Pacifique par les Européens L'océan Pacifique resta inconnu du monde européen jusqu'au XVIe siècle, bien que Ptolémée eût déjà imaginé pouvoir découvrir dans l'hémisphère Sud la copie en symétrie des continents de l'hémisphère Nord: la Terra australis incognita
De nombreuses découvertes espagnoles demeurent inconnues des autres nations pendant cent cinquante ans, en raison de l'imprécision des calculs de la position des îles et, surtout, du souci de maintenir secrètes ces informations stratégiques.
Dans la lutte entre puissances maritimes européennes, les Hollandais prennent aux Espagnols les Moluques, reconnaissent la Nouvelle-Guinée (1605) et l'Australie (1619), fondent Batavia (Djakarta) en 1619. En 1642, Abel Tasman rallie l'actuelle Tasmanie, découvre la Nouvelle-Zélande, puis établit l'insularité de l'Australie. En allant vers le nord, il révèle l'existence des Tonga, des Fidji, puis rejoint Batavia. Enfin, un autre Hollandais, Jacob Roggeveen, découvre, le 14 avril 1722, l'île «du jour de Pâques».
Les explorations de la seconde moitié du XVIIIe siècle L'esprit des Lumières attisa les désirs d'exploration qui réunirent savants et navigateurs sur les mêmes bateaux. Après 1750, les progrès en horlogerie marine et en chronométrie entraînèrent l'utilisation de sextants fiables et l'établissement d'une cartographie précise. Des bâtiments de plus fort tonnage et le traitement du scorbut permirent aussi d'augmenter la durée des expéditions.
Le voyage de Bougainville (1766-1769) contribua surtout à fonder le mythe du paradis enchanteur de Tahiti, habité par les «sauvages naturellement bons», duquel naquit une double motivation: pour les explorateurs, habiter le paradis sur Terre, et, pour les ecclésiastiques, évangéliser ces dignes descendants d'Adam et Ève qui ignoraient encore Dieu.
C'est James Cook qui fit faire les plus grands progrès à la connaissance géographique. Lors de son premier voyage (1768-1771), il explora la Nouvelle-Zélande dans sa totalité et visita la côte ouest de l'Australie. Son deuxième voyage (1772-1775) l'amena aux limites de la banquise antarctique, ruinant ainsi l'hypothèse d'un continent austral. Il revisita les Tonga, l'île de Pâques et découvrit la Nouvelle-Calédonie. Le mérite lui revient également d'avoir établi des contacts amicaux avec les habitants de ces îles et d'en avoir rapporté des descriptions et des témoignages précieux. Malgré les voyages de Béring, l'extrême nord-ouest du Pacifique restait inconnu, ce qui suscita le troisième voyage de Cook (1776-1779). À Noël 1777, il découvrit les îles Christmas, l'archipel d'Hawaii et les îles Sandwich. L'hiver passé, il y revint mais fut tué par les autochtones. À l'issue de ce troisième voyage, la carte de l'Océanie était dressée dans sa quasi-totalité.
Vers le partage (XIXe siècle-début XXe siècle) À cette date, si l'exploitation commerciale de l'Océanie s'intensifie, elle n'est pas le motif principal de colonisation. Chaque pays d'Europe cherche à se constituer un empire outre-mer en défendant des intérêts religieux et politico-économiques. Au milieu du XVIIIe siècle, le partage de l'Océanie s'ordonne sous la férule des Églises. Les protestants soutiennent l'Angleterre, les catholiques la France. En 1853, sous Napoléon III, la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie a pour motifs d'empêcher le Royaume-Uni de se l'approprier, de réserver à l'Église catholique une population à évangéliser, et d'ouvrir un nouveau bagne. Le Bagne
de
Nouvelle-Calédonie Avec la fondation de Sydney en 1787-1788 par Arthur Phillip, qui y amène le premier convoi de convicts (condamnés), l'Océanie devient l'espace où l'Europe, en proie à un regain de contestation politique et sociale, relègue ses fauteurs de trouble: l'Angleterre y expédie ses convicts, la France ses bagnards et ses «relégués», dont les communards, tandis que les Pays-Bas utilisent la Nouvelle-Guinée comme lieu de déportation.
La mainmise religieuse et politique est renforcée par l'arrivée des premiers colons venus faire fortune et s'établir sur des terres allouées par les États conquérants. L'exploitation économique de l'Océanie repose sur la chasse aux troupeaux de baleines, basée à Hawaii, et l'abattage du bois de santal aux îles Loyauté et en Nouvelle-Calédonie. Il fallut attendre 1840-1850 c'est-à-dire le temps du partage colonial de l'Océanie entre l'Allemagne (Marshall, Carolines et Mariannes), la France (Polynésie, Nouvelle-Calédonie), l'Angleterre (Australie, Nouvelle-Zélande) et les États-Unis (Micronésie) pour que des tentatives de mise en valeur des îles soient envisagées.
Dès cette époque, les économies traditionnelles sont atteintes dans leurs fondements. Utilisées comme main-d'uvre bon marché, ou enfermées dans des réserves, les populations autochtones sont menacées de disparition physique et culturelle.
La montée en puissance des pays riverains (XXe siècle) Globalement, la puissance croissante des pays riverains du Pacifique va porter ombrage à l'impérialisme des pays européens. Le Japon s'affirme ainsi contre la Chine (1894-1895) et la Russie (1904-1905). Les États-Unis éliminent l'Espagne de la région en conquérant les Philippines et Guam, puis en annexant Hawaii, tandis que l'Australie et la Nouvelle-Zélande s'émancipent de la tutelle britannique. La Première Guerre mondiale renforcera ce mouvement au détriment de l'Allemagne; elle consacre l'hégémonie du Japon et des États-Unis, futurs adversaires au cours de la Seconde Guerre mondiale dans le Pacifique. En même temps qu'elles scellent la fin de la guerre du Pacifique (1941-1945), les bombes atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki ouvrent la guerre froide, dont l'Océanie moderne sera aussi le théâtre. Un autre aspect des hostilités aura été de présenter aux populations colonisées leurs maîtres sous le visage de la défaite et de la concurrence. Cette nouvelle image jouera un rôle important dans les mouvements océaniens de décolonisation.
L'après-guerre: explosions et implosions La guerre du Pacifique a confirmé la tutelle des grandes puissances, mais leur suprématie est contestée dès 1945. Les mouvements d'indépendance touchent les grands pays riverains (les Indes néerlandaises deviennent Indonésie en 1949, la Fédération de Malaysia naît en 1957 et se sépare de Singapour en 1965), et s'étendent aux îles et archipels de l'Océanie, donnant naissance à de nombreux micro-États restant souvent liés à leur ancienne puissance de rattachement.
Leur accession à l'indépendance a mis les nouveaux États au centre d'enjeux géostratégiques, notamment ceux liés aux essais nucléaires, et économiques en raison des importantes surfaces maritimes qu'ils contrôlent. L'opposition à la présence coloniale française et la recherche d'un développement économique régional sont notables.
L'arme nucléaire À la suite de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis font des îles Sandwich un centre d'expérimentation de l'arme atomique. La France, dans les années 1960, les imite sur l'îlot de Mururoa, et établit des bases militaires à Wallis-et-Futuna et en Nouvelle-Calédonie. L'URSS et la Chine utilisent également l'étendue maritime pour y faire exploser des charges nucléaires. L'Angleterre, quant à elle, préfère le désert australien. Actuellement, l'Australie, dépourvue de centrale nucléaire, met ses mines d'uranium au service de l'industrie japonaise.
Influencée par un courant d'opinion antinucléaire australien et néo-zélandais, l'ONU vote, en 1975, le projet définissant le Pacifique Sud comme zone dénucléarisée (SPNFZ), menaçant ainsi les programmes nucléaires des États-Unis et de la France. En août 1985, le traité de Rarotonga, bannissant la fabrication, l'installation et les essais d'armes nucléaires dans le Pacifique Sud, est adopté par l'ensemble des grandes puissances, excepté ces deux dernières. Par la suite, le refus de la Nouvelle-Zélande de laisser transiter des navires équipés de charges atomiques a entraîné la rupture de l'ANZUS, traité d'alliance militaire entre les États-Unis, l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Depuis, la guerre du Golfe (1991) a démontré que ces trois pays restent cependant solidaires.
Les aléas de la politique française Les impératifs géostratégiques qui lui imposaient de continuer ses essais nucléaires ont servi d'argument à la France pour refuser l'indépendance à la Nouvelle-Calédonie, où la revendication indépendantiste s'affirme depuis les années 1970. La position de cet archipel lui permet de contrôler les détroits où circule la marine américaine, et les grands axes maritimes commerciaux entre l'Australie, le Japon et l'Asie du Sud-Est. De fait, Paris et Canberra ont craint la naissance en «Kanaky» d'un «Cuba du Pacifique»; elles souhaitent que la stabilité et l'ordre règnent en Océanie. Après les dissensions causées par l'attentat (par les services secrets français) contre le Rainbow Warrior, bateau de l'association Greenpeace, en 1985, l'Australie a semblé accepter les essais militaires français contre la promesse d'une stabilisation politique de la Mélanésie; celle-ci est symbolisée par les accords de Matignon de 1988, qui ont ouvert une période de paix en Nouvelle-Calédonie, d'autant plus que la France a décidé en 1992 d'interrompre ses expériences nucléaires avant de les reprendre en 1995 et de stopper définitivement tous ses programmes d'essais en 1996. Ainsi l'Océanie pèse-t-elle de plus en plus dans la politique intérieure et étrangère des pays industrialisés.
L'enjeu des ressources océanes La définition de la ZEE (zones économiques exclusives), adoptée en 1982 par les Nations unies et reconnue par les États-Unis en 1987, a ouvert aux nouveaux micro-États insulaires des sources de profits potentiels. Cependant, les technologies permettant l'exploitation de ces richesses sont possédées et maîtrisées par les pays industrialisés. Face à un trésor inaccessible, les micro-États ont trouvé une solution en vendant des droits de pêche. Les fonds marins constituent également un enjeu international; ils contiennent des minerais rares (nodules polymétalliques). Mais, actuellement, la technologie dont disposent uniquement les pays riches reste insuffisante ou trop coûteuse pour en assurer une extraction rentable.
La situation des micro-États insulaires est donc paradoxale: s'ils ont pu acquérir leur indépendance politique, ils sont restés dépendants dans les domaines économique, technique et militaire. Pour pallier ce manque d'autonomie et de force, les pays de l'Océanie se sont regroupés au sein d'organismes régionaux destinés, d'une part, à défendre leurs intérêts communs, et, d'autre part, à renouer les échanges et les liens antérieurs à la colonisation. On voit émerger une «voie Pacifique» destinée à promouvoir une identité culturelle et politique. Ainsi se profile peut-être l'ébauche d'une confédération des pays du Pacifique. Mais l'avenir de l'Océanie dépendra des futures relations entre les États insulaires et les grandes puissances mondiales.
La plus vaste des étendues maritimes du monde, où la présence de la souche asiatique est évidente, compte plus de 1 200 langues différentes et présente, malgré des similitudes liées au milieu, à l'exploitation des ressources et aux coutumes, plus de diversité qu'il n'y paraît.
Les langues La formation des langues océaniennes est consécutive aux mouvements successifs de peuplement du Pacifique. Toutes les populations insulaires sauf celles de la Nouvelle-Guinée et de l'Australie appartiennent à une même famille linguistique, dite «austronésienne» ou «malayo-polynésienne», à laquelle sont également rattachées les langues de Madagascar et de la plus grande partie de l'Indonésie.
Alors que la Mélanésie et la Micronésie présentent une très grande diversification linguistique (un millier de langues), la Polynésie ne connaît qu'une seule langue, parlée sur des archipels distants de milliers de kilomètres. On compte environ 200 langues en Australie. Cette situation est à mettre en rapport avec la segmentation des organisations sociales mélanésienne et micronésienne, par opposition à l'unité politique des royaumes polynésiens. D'un bout à l'autre de l'Océanie, ces langues sont les outils d'une littérature orale extrêmement riche et originale.
Des sociétés fragiles Les systèmes de production agricoles typiquement océaniens ne peuvent dégager de surplus qu'à titre temporaire. Les tubercules cultivés, comme les autres plantes comestibles, ne se conservent pas au-delà de quelques semaines. Cette impossibilité de stocker les produits entrave l'accumulation et la capitalisation des richesses vivrières, sources, dans les civilisations à greniers (blé, maïs, riz), de stratifications sociales fortes et stables (États, castes, empires). Seuls l'élevage des porcs, la concentration des droits fonciers et la mise sous tutelle de certains producteurs (prisonniers, vassaux, serviteurs) permettent aux sociétés du Pacifique d'accumuler et de capitaliser des bêtes, des terres ou des hommes au-delà des capacités du simple groupe domestique.
Le «big man» Le personnage du big man caractérise des sociétés (Papouasie-Nouvelle-Guinée, Vanuatu) dans lesquelles les unités domestiques, de richesse comparable, entrent en compétition par le biais d'échanges somptuaires de biens vivriers, en particulier de porcs. Celui qui parvient à accroître la puissance de production de sa maisonnée oblige ses partenaires en leur donnant plus qu'ils ne peuvent lui rendre. Endettés, ces derniers font allégeance à leur créancier. Ces relations de clientèle, qui s'étendent au fil des échanges, placent le big man au centre d'un vaste dispositif qui lui permet de thésauriser des porcs, des monnaies de coquillage, des épouses et des partenaires. Mais, contraint, pour élargir le cercle de son influence, de faire surproduire ses dépendants, il prend le risque de voir ces derniers se retirer de la relation échangiste. Sa gloire prélude à son effondrement quand ses débiteurs le délaissent pour se replier sur leur propre unité domestique ou bien pour bénéficier des bienfaits d'un nouveau big man moins exigeant, parce que moins puissant.
La royauté foncière de Polynésie En Polynésie, le contrôle de l'accès à la terre sert de levier à l'édification des hiérarchies politiques. Le pouvoir repose sur le cumul de droits fonciers, lui-même légitimé par des arguments généalogiques. Chaque unité familiale est liée à des terres cultivables correspondant à des ancêtres et à des parents. Le jeu des alliances, la distribution des droits entre les membres d'une vaste parentèle et la mémoire savante des liens généalogiques sont au centre de stratégies par lesquelles chaque groupe peut étendre son emprise sur le sol et, par là, progresser socialement et économiquement. La régulation des affrontements passe par de grandes assemblées qui, périodiquement, entérinent les nouveaux équilibres. Le roi ou le chef se rattache à l'ancêtre, aîné de la société, et coiffe l'ensemble du système foncier. Mais ce pouvoir est compensé par celui des prêtres et autres «maîtres de la terre», qui garantissent, grâce à des rituels dont ils ont le monopole, la fertilité du sol. Le droit d'aînesse et le cumul des parcelles cultivables soutiennent les hiérarchies les plus accentuées du Pacifique, les royaumes polynésiens.
Noblesses kanakes La société mélanésienne de Nouvelle-Calédonie offre l'exemple d'une accumulation construite non sur l'élevage, puisque le porc est absent de cet archipel, mais sur les titres fonciers et divers types de relations d'assujettissement. Sur le modèle de la noblesse, l'aîné masculin d'un clan hérite le nom et les droits de propriété foncière de ses ascendants. Chaque clan se définit historiquement par la relation à un ancêtre mythique et par les lieux traversés par ses membres. La généalogie de père en fils est ainsi un parcours, narré lors des cérémonies d'échanges par des orateurs spécialisés. Au sein des villages, plusieurs clans cohabitent, et, là encore, l'ancienneté est l'assise du pouvoir. En effet, les premiers occupants et défricheurs de la terre sont les seuls à s'être concilié les génies et les dieux pour obtenir la garantie de la réussite de la chasse, de la pêche et de l'agriculture. Maîtres de la terre, ils sont la base de la communauté, et désignent, avec les autres clans, le chef, symbole vivant de l'accord ainsi constitué. Étranger à la communauté qui l'accueille, le chef a davantage de devoirs que de droits. Il peut en permanence être rejeté et destitué par ceux qui l'ont installé et qui se définissent comme ses sujets consentants. Les titres de noblesse sont donc portés par les branches aînées du clan, par les plus vieilles familles d'un terroir ou par les étrangers accueillis comme chefs. La société kanake n'en est pas stable pour autant puisque chacun peut, en fonction de ses intérêts et de ceux de sa parentèle, élaborer des stratégies d'alliances efficaces pour l'obtention de titres, en remettant en cause les situations établies. Autrefois les conflits se résolvaient par la violence physique et guerrière. Cependant, la société kanake, qui repose sur la circulation des titres et de la parole, accorde une place plus importante aux réseaux de relations humaines qu'à la richesse matérielle.
Les Aborigènes d'Australie La société de chasseurs-cueilleurs d'Australie se caractérise par l'absence d'accumulation. Sans stockage ni sédentarisation, les Aborigènes s'organisent à partir des valeurs favorisant le déplacement, condition de maintien de l'économie de subsistance. La cueillette des plantes sauvages se pratique sur de grands parcours mis au point grâce à des connaissances fines de l'écosystème. L'outillage utilisé est réduit au strict nécessaire: bâton à fouir, herminette de pierre, épieu. Les techniques de chasse (recherche de petits animaux, battues) révèlent également une grande adaptation au milieu.
L'organisation politique de cette société est acéphale (sans chef). Chaque famille participe à la vie collective tout en gardant la possibilité, par son autonomie économique, de s'en détacher. Il existe une division sexuelle du travail fondée sur la complémentarité des rôles. L'autonomie de chaque unité domestique n'empêche pas une grande solidarité entre les membres pour la survie de la communauté. Les Aborigènes nous informent sur le mode de vie des tout premiers hommes.
L'art océanien Malgré l'absence de classification satisfaisante des styles et de l'esthétique océaniens, quelques fonctions dévolues aux productions artistiques sont à signaler. La fonction principale est religieuse, et consiste dans une mise en relation des hommes avec les puissances divines et le monde des morts. Les premiers missionnaires ont souvent cherché à détruire des productions pouvant concurrencer leur projet évangélisateur. De plus, le recueil des objets d'art d'Océanie présents dans les musées d'Europe s'est souvent effectué dans la négligence des données anthropologiques lieu de découverte, conditions d'utilisation et fonction permettant d'en saisir le sens. En tout état de cause, la fonction et le travail de l'artiste sont inséparables de l'ensemble des activités de la société.
L'architecture constitue une forme d'expression spécifique des créations. Les chambranles de cases de Nouvelle-Calédonie, les esplanades de pierre de Tahiti, les maisons de Nouvelle-Guinée sont autant d'exemples figurant la liaison qui s'établit entre les vivants et les morts à travers la construction de l'habitat. Actuellement, on assiste à un regain d'intérêt des populations océaniennes pour la reconstitution et la défense de leur patrimoine.
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